« Les saisonniers sont sensibles au fait que l’entreprise prenne soin d’eux »

19 avril 2022

Yann Le Gall, responsable de la plateforme fleurs & plantes du groupe coopératif Fleuron d’Anjou, aux Ponts-de-Cé (49), propose à ses salariés saisonniers des ateliers nutrition et fitness. Il nous explique comment la prévention santé se révèle être un outil de recrutement et de fidélisation.

Vous venez d’organiser des ateliers nutrition à l’intention des 90 saisonniers de la plateforme. Qu’est-ce qui a motivé cette action ?

Pour un groupe coopératif de fruits, légumes, fleurs et plantes comme le nôtre, je trouve que cela a du sens de proposer à nos saisonniers, travailleurs précaires, d’apprendre à cuisiner les légumes. L’idée de fond, c’est celle-là !

Le midi, ils sont peu nombreux à apporter leur panier-repas. La plupart achètent des sandwichs au supermarché ou prennent une barre chocolatée et un soda au distributeur. Le déjeuner, c’est beaucoup de restauration rapide, de sucres rapides… et d’improvisation ! Or, le métier de préparateur de commandes est un métier physique et exigeant. Il faut porter des plantes, des palettes, tirer des charriots : sur une journée de 8 heures, il faut en avoir dans les bras. Bien s’alimenter, c’est important pour garder de l’énergie jusqu’à la fin de la journée mais aussi pour rester vigilant et éviter les accidents de travail ou de trajet.

Quel bilan faites-vous des premiers ateliers nutrition ?

Un bilan très positif. Beaucoup de personnes ont participé et ont apprécié. Bien sûr, il faudrait pouvoir organiser des ateliers réguliers car les bons réflexes ne sont pas encore acquis mais parfois il suffit de peu de choses pour que les comportements changent.

Pour l’animation des ateliers, nous avons fait appel à l’association ValOrise, avec qui nous travaillons pour la transformation des légumes non vendus et qui emploie des personnes en situation de précarité. C’est notre directeur général Pascal Prat qui nous a mis en relation et qui a validé le projet avec toute la bienveillance qui le caractérise. Restait à trouver le financement. Nous avons sollicité le Groupe AGRICA*, la caisse de MSA du Maine-et-Loire et OCAPIAT qui ont, tous les trois, répondu positivement : c’est une belle alliance !

Vous proposez aussi depuis 5 ans des cours de fitness, pouvez-vous nous en dire plus ?

Dans le métier de préparateur de commandes, c’est le dos qui souffre, il faut le protéger. En début de saison, nous avions l’habitude de rappeler les bons gestes mais ils étaient rapidement oubliés après quelques heures de travail. Désormais, chaque semaine, grâce aux cours de fitness, les saisonniers font du renforcement musculaire et du gainage mais aussi du yoga et du tai-chi pour s’étirer et bien respirer. À force de répétition, les gestes s’impriment et le corps les garde en mémoire. Le prof sait trouver les arguments pour motiver, c’est très fédérateur. Pourtant, au premier cours, il n’y avait personne ! Peu à peu, les freins se sont levés et aujourd’hui, les cours sont complets !

Les saisonniers sont des personnes courageuses, avec un parcours de vie souvent difficile. Ils ne se ménagent pas, enchaînent les saisons, les vendanges, les collectes de pommes… Leur corps, c’est leur outil de travail. S’ils veulent plus tard profiter de leur retraite, c’est maintenant, alors qu’ils sont encore jeunes, qu’ils doivent adopter les bons gestes et postures.

J’ai coutume de dire que le bon amène le bon !

Quels sont les bénéfices pour l’entreprise ?

L’entreprise est gagnante, elle aussi. Quand je suis arrivé, nous avions du mal à recruter. Angers est une grosse région horticole et nous n’étions pas les mieux armés pour attirer du monde, avec des contrats à temps partiel, sur de courtes durées et des horaires décalés. Aujourd’hui, les saisonniers sont sensibles au fait que l’entreprise prenne soin d’eux et leur offre quelque chose, alors qu’ailleurs, seul le rendement compte. Ils nous en sont reconnaissants, aiment revenir chez nous et en parlent autour d’eux. La productivité est en augmentation et l’ambiance de travail est meilleure. De plus, grâce aux ateliers, sport ou nutrition, les salariés apprennent à se connaître, les jeunes et les anciens se parlent, s’entraident ensuite au travail, cela favorise la mixité et crée des liens forts. J’ai coutume de dire que le bon amène le bon !

* Le Groupe AGRICA dispose d’un large éventail de thématiques de prévention, régulièrement enrichies. Une fois le thème choisi, l’expert Prévention AGRICA propose à l’entreprise un accompagnement personnalisé grâce à un choix varié de dispositifs modulables en présentiel ou distanciel : stands thématiques, conférences, ateliers pratiques, entretiens ou dépistages individuels, e-learning… Pour en savoir plus et contacter un expert prévention : prevention.blf@groupagrica.com

Lucie Bouet, Cheffe de Projet en Alimentation Durable chez ValOrise*

« Nous avons affaire à un public de saisonniers qui font un travail très physique, avec des horaires pas toujours adéquats pour prendre le temps de bien manger. J’ai donc choisi des recettes faciles, peu onéreuses, saines et équilibrées, en utilisant des produits qu’ils connaissent.

Pendant l’atelier, je leur ai fait préparer une pizza rapide, avec une pâte à base de fromage blanc, pour assurer l’apport en protéines. Ils ont réalisé ensuite une salade composée, en utilisant de la semoule semi-complète. En dessert, je leur ai fait cuisiner une compote et des cookies à base de banane, flocons d’avoine et chocolat : des recettes rapides et très bonnes, avec des ingrédients riches en énergie, à consommer en collation ou au petit-déjeuner, pour être en forme au travail.

En intervenant ainsi de manière ponctuelle, mon objectif est de semer une graine et de la laisser germer… Je donne beaucoup d’informations pour que chacun puisse piocher ce qui l’intéresse et je pense que la plupart en retire quelque chose… Quand nous intervenons plus régulièrement, nous avons alors un rôle de tuteur pour accompagner le développement de la graine ! ».

*Installée à Brain-sur-Allonnes (49), ValOrise apporte des réponses concrètes au gaspillage et à l'éducation au goût dans une démarche d'économie circulaire et solidaire. L’association propose aux écoles, entreprises et structures sociales ou médico-sociales un programme de sensibilisation et d'éducation. Elle organise des ateliers culinaires antigaspi et zéro déchet et a créé la conserverie OrNorme, aujourd'hui entreprise d'insertion, qui transforme les fruits et légumes déclassés. ValOrise est lauréate 2020 des Trophées AGRICA « Gaspillage alimentaire, le temps des solutions » dans la catégorie éducation-prévention.
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Le Groupe coopératif Fleuron d’Anjou est l’une des premières sociétés françaises spécialisées dans la production et la commercialisation de fruits, légumes, fleurs et plantes. Ses deux branches d'activité proposent chacune tout au long de l'année les grandes familles de produits :

  • Le maraîchage : bulbes condimentaires, légumes bottes, mâche, légumes anciens, asperges,
  • L'horticulture ornementale : plantes à massif et géraniums, vivaces et graminées, plants potagers et aromatiques, arbustes à petits fruits, plantes automnales et cyclamens.

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